Vivre (verbe, nom masculin)


1ère signification de l'Académie française (éd. 1932-35)

Verbe 

("Je vis, tu vis, il vit; nous vivons, vous vivez, ils vivent. Je vivais. Je vécus. Je vivrai. Je vivrais. Vis, vivons. Que je vive. Que je vécusse. Vivant. Vécu.") Être doué de vie, être en vie. "Tous les hommes et tous les animaux qui vivent. Si nous vivons dans ce temps-là. Saint Louis vivait au treizième siècle. Cesser de vivre. Être las de . Les poissons vivent dans l'eau. Les chênes vivent fort longtemps." Il se construit elliptiquement avec certains noms de temps, comme s'ils lui servaient de complément direct, en sous-entendant les mots "Pendant, durant. Il a vécu quatre-vingts ans. Il vécut seulement quelques jours."
Dans le style élevé, "Il a vécu," Il est mort.
"Ne que pour soi," Ne songer qu'à soi, ne s'occuper que de ses intérêts. On dit dans des sens analogues. "Ne que pour servir Dieu, que pour étudier, que pour le bonheur des autres, que pour les autres."
Prov., "Qui vivra verra," On saura cela avec le temps.
Prov., "On ne sait qui vit ni qui meurt" se dit pour exprimer l'Incertitude où l'on est sur la durée de la vie et sur le moment de la mort. "Je vais vous donner une reconnaissance de l'argent que vous m'avez prêté, car on ne sait qui vit ni qui meurt."
Dans le langage théologique, "Dieu vit de" "toute éternité, vit dans les siècles des siècles, vit par lui-même," L'existence de Dieu est éternelle et indépendante. "Les bienheureux vivront éternellement avec Dieu dans la gloire," Ils jouiront de la vue de Dieu pendant l'éternité.
VIVRE signifie, figurément, Employer utilement sa vie, jouir de la vie. "On cesse souvent de avant d'être mort. Combien d'hommes oublient de , combien d'hommes meurent sans avoir vécu!"
Fig., "Ne pas " se dit, par exagération, d'une Vie diminuée, troublée, en proie à l'inquiétude. "Il est toujours malade, il est dans des transes continuelles, ce n'est pas . Il ne vit pas, il ne fait que languir."
VIVRE signifie figurément Durer, subsister; il s'emploie surtout dans le style soutenu. "Un si grand prince vivra éternellement dans l'histoire. La mémoire de ce conquérant, son nom, sa gloire vivra jusque dans la postérité la plus reculée."
"Cet ouvrage vivra," Il passera à la postérité. "Les mauvais ouvrages ne vivent que peu de temps."
VIVRE se dit, en termes de Dévotion, de la Vie spirituelle. "Un pêcheur converti vit de la vie de la grâce, vit d'une vie nouvelle. Dans l'Écriture sainte, il est dit : Le juste vit de la foi."
VIVRE signifie aussi Se nourrir, soutenir sa vie par le moyen des aliments. "Donner à quelqu'un pour , le faire . Il n'a pas de quoi . Il n'a pas les moyens de . Il ne vit que de racines, que de légumes. Cet homme-là vit de peu, vit sobrement. Il vit aux dépens d'autrui, sur son revenu. Les oiseaux qui vivent de grains, de proie."
"Vivre de régime," Observer strictement une règle dans sa nourriture, pour rétablir ou pour conserver sa santé.
Fam., "Cet homme vit de rien," Il mange très peu, il dépense très peu pour sa nourriture.
Fig. et fam., "Il vit de l'air du temps" se dit d'un Homme qui mange très peu, et à peine autant qu'il faut pour se soutenir. On dit aussi : "On ne peut pas de l'air du temps," On ne peut pas sans ressources.
Prov., "Il faut que tout le monde vive," Il faut laisser ou fournir à chacun les moyens de pourvoir à son existence.
VIVRE se dit également en parlant de Tout ce qui fournit les moyens de subsister, de se soutenir. "Vivre de son bien, de ses rentes. Vivre de son travail, de son métier. Vivre de privations. Vivre d'aumônes. Vivre d'expédients. Vivre de rapine."
Fig., "Vivre de sa réputation, sur sa réputation," Garder son crédit, l'estime publique, par le souvenir de ce que l'on a fait et non par ce que l'on fait actuellement.
Fig., "Vivre d'espérance," Vivre dans l'attente de quelque avantage être soutenu par cette attente.
"Vivre au jour la journée, au jour le jour," N'avoir pour subsister que ce qu'on gagne chaque jour par son travail. Il signifie aussi S'inquiéter peu du lendemain, être sans prévoyance.
Prov., "Il faut bien ," La nécessité de pourvoir à sa subsistance est une excuse à certaines choses que l'on fait et que l'on ne ferait pas sans cela.
VIVRE se dit encore par rapport à la dépense qu'on fait pour sa table, pour ses vêtements, par rapport au train qu'on mène et aux commodités ou incommodités de la vie. "Vivre splendidement, magnifiquement, honorablement, grandement, largement. Vivre en grand seigneur, en prince. Vivre avec économie. Vivre mesquinement, sordidement, pauvrement, étroitement, petitement, misérablement. Il ne vît pas selon sa condition."
"Vivre noblement," Mener un genre de vie dans lequel il n'y a rien qui puisse déroger à la noblesse. Cette locution a vieilli.
VIVRE se dit aussi par rapport à la manière de passer sa vie dans les divers états que l'on embrasse, dans les différents lieux que l'on habite, dans une situation heureuse ou malheureuse, etc. "Vivre dans le célibat, dans le mariage. Vivre à la ville, à la campagne. à la cour. Vivre chez soi. Vivre dans le monde. Vivre dans la solitude, dans la retraite. Vivre dans la joie, dans la tristesse, dans le dénuement. Vivre heureux, content, tranquille."
Prov., "Il faut laisser chacun à sa mode, à sa guise," Il faut que chacun en use, agisse comme il lui plaît, en ce qui le regarde. On dit de même : "Chacun vit à sa mode, à sa guise."
VIVRE signifie encore Se conduire, se comporter bien ou mal, eu égard à la morale, à la religion. "Vivre en homme de bien. Vivre saintement, sagement. Vivre en bon chrétien. Vivre en libertin. Vivre licencieusement. Vivre dans les plaisirs, dans la débauche. Vivre dans la pénitence. Il faut bien pour bien mourir. On meurt d'ordinaire comme on a vécu."
Il signifie encore Être en commerce habituel. "Il vit avec toutes sortes de gens. Il vivait avec ses disciples comme avec des amis. À partir de ce moment, ils vécurent ensemble."
"Vivre avec soi-même," Vivre dans la retraite, sans commerce avec le monde.
Fam., "Vivre avec quelqu'un" signifie quelquefois Être avec quelqu'un dans un état de concubinage. "Il vit avec cette femme depuis longtemps. Elle vit avec un jeune homme. Cet homme et cette femme vivent ensemble."
"On ne saurait avec cet homme-là," Il est d'une humeur à laquelle on ne saurait s'accoutumer. "Cet homme est facile à , est commode à ," Cet homme est d'un commerce doux et facile, il est aisé de avec lui. Dans le sens contraire, on dit : "C'est un homme difficile à vivre."
"Savoir ." Voyez SAVOIR.
"Le savoir-vivre." Voyez ce mot à son rang alphabétique.
Fam., "Je lui apprendrai à ," Je le corrigerai, je le punirai de sa faute, de ses torts.
VIVRE se dit encore par rapport au gouvernement politique, aux lois, aux usages du pays dans lequel on demeure. "Vivre sous les lois d'un prince. Les lois, les coutumes suivant lesquelles nous vivons. Ils vivaient sous un prince généreux."
VIVRE s'emploie aussi comme verbe transitif. "Il a vécu une existence bien dure. Elle a vécu un véritable roman."
Fam., "Vivre sa vie," Vivre librement, à sa guise, en ne se souciant que de satisfaire ses goûts, ses penchants, ses désirs.
Le subjonctif VIVE s'emploie comme formule d'acclamation. "Vive la France! Vive le Roi! Vive la République! Vive la liberté!"
VIVE est aussi un terme familier dont on se sert pour marquer qu'on estime quelqu'un, qu'on fait grand cas de quelque chose. "Vive un tel, c'est un galant homme! Vivent les arts! Vivent la Champagne et la Bourgogne pour les bons vins! Vive le vin! Vive l'amour! Vive la joie!"
"Un vive-la-joie." Voyez ce mot à son rang alphabétique.
"Qui vive?" Cri d'une sentinelle, d'une patrouille qui entend du bruit, qui voit venir une personne ou une troupe. "La sentinelle cria : Qui vive? il répondit : France!" Il s'emploie aussi comme nom masculin : "Qui-vive." Voyez ce mot à son rang alphabétique.
Le VÉCU s'emploie comme adjectif. "Un roman vécu," Un roman dont les péripéties ont réellement eu lieu.



2ème signification de l'Académie française (éd. 1932-35)

Nom masculin 

Nourriture. "Il lui donne tant pour le et le vêtement. Le et le couvert."
VIVRES, au pluriel, désigne les Choses qui servent à la nourriture. "Les s sont forts chers dans cette ville. Les assiégés manquaient de s. Fournir de s. Munir une place de vivres. Convoi de s. Des s frais, Magasin des s. Embarquer des s."
En termes militaires, "Vivres de réserve," Provision de biscuit, viande. de conserve, café, sucre, etc., qui ne peut être entamée sans ordre.



1ère définition d'Emile Littré




 1   Être en vie. Les oiseaux vivent dans l'air, et les poissons dans l'eau. Les chênes vivent fort longtemps.
VOIT.: « Il n'y a rien qui exhorte tant à savoir bien mourir, que de n'avoir point de plaisir à »
CORN.: « Mes crimes, en vivant, me la pourraient ôter [la vie céleste] »
LA FONT.: « Mécénas fut un galant homme ; Il a dit quelque part : qu'on me rende impotent, Cul-de-jatte, goutteux, manchot, pourvu qu'en somme Je vive, c'est assez, je suis plus que content »
LA FONT.: « L'homme, sourd à ma voix comme à celle du sage, Ne dira-t-il jamais : c'est assez, jouissons ? Hâte-toi, mon ami, tu n'as pas tant à »
SÉV.: « Je dis toujours que, si je pouvais seulement deux cents ans, je deviendrais la plus admirable personne du monde »
BOSSUET: « La dernière heure [pour un vieillard] n'en sera pas moins insupportable, et l'habitude de ne fera qu'en accroître le désir »
RAC.: « Indigne également de et de mourir, On l'abandonne aux mains qui daignent le nourrir »
MARIV.: « Cette expression : elle ne vit plus, ne lui ôtait que la vie, et ne lui donnait pas les laideurs de la mort »
VOLT.: « J'ai vécu, c'est-à-dire, souffert trop longtemps »
VOLT.: « Il me semble que je vous avais conseillé de , uniquement pour faire enrager ceux qui vous payent des rentes viagères »
BUFF.: « Une raison pour , est d'avoir vécu ; cela est évident dans les sept premières années de la vie, où le nombre des jours que l'on doit espérer va toujours en augmentant »
J. J. ROUSS.: « Plus on vit, plus on aime à , même sans jouir de rien »
BÉRANG.: « J'échangerais ce qu'il me reste à Contre un des mois qu'ici Dieu m'a comptés »
LAMART.: « J'ai vécu, j'ai passé le désert de la vie »
    Âme, personne qui vive, avec une négation, personne.
MOL.: « Ce grand et rare effet d'une imaginative Qui ne cède en vigueur à personne qui vive »
    Faire , prolonger l'existence. Le régime rigoureux qu'il suit, le fait . Le médecin a fait ce malade dont la poitrine est menacée.
    Fig.
VOIT.: « Vous y devez [dans la langue] avoir une souveraine puissance, et faire ou mourir les paroles comme il vous plaît »
    Dans le style élevé. Il a vécu, il est mort.
CORN.: « Non, non : avant ce coup Sabine aura vécu »
VOLT.: « Au moment où je parle, ils ont vécu peut-être »
    Fig. J'ai vécu, ma vie est finie, touche à son terme.
RAC.: « C'en est fait, madame, et j'ai vécu »
    Il n'a que trop vécu, se dit d'une personne qu'on menace de faire mourir.
RAC.: « Bajazet est un traître et n'a que trop vécu »
    Vis, vivez, se dit à une personne à qui l'on fait grâce de la vie.
CORN.: « Vis donc, Horace, vis, guerrier trop magnanime ; Ta vertu met ta gloire au-dessus de ton crime »
    Par exagération. Ne pas , être dans des inquiétudes continuelles qui troublent la vie.
MAINTENON: « Mme votre mère ne vivait pas, et nous vous trouvions bien plus en danger que pendant la petite vérole »
    On dit dans le même sens : ce n'est pas . Il est toujours malade, ce n'est pas .
BOSSUET: « Vivons-nous, chrétiens, vivons-nous ? cet âge que nous comptons et où tout ce que nous comptons n'est plus à nous, est-ce une vie ! »

 2   Dieu vit de toute éternité, vit dans les siècles des siècles, vit par lui-même, se dit pour exprimer la vie de Dieu infinie, éternelle, indépendante.
    Les bienheureux vivront éternellement avec Dieu dans la gloire, ils jouiront de la vue de Dieu pendant l'éternité.
    En termes de dévotion, il se dit par rapport à la disposition de l'âme qui est en état de grâce. Un pécheur converti vit de la vie de grâce, vit d'une vie nouvelle.
MASS.: « Représentez-vous un véritable juste qui vit de la foi »

 3   Passer sa vie en un certain temps. Ceux qui ont vécu avant l'ère chrétienne. Joinville a vécu dans le XIIIe siècle, et est mort au commencement du XIVe.
    Il se dit aussi par rapport au gouvernement, aux usages, aux lois du pays où l'on demeure. Les lois, les coutumes sous lesquelles nous vivons.
MOL.: « Nous vivons sous un prince ennemi de la fraude »
    En termes de galanterie, sous les lois d'une femme.

 4   Passer sa vie.
PASC.: « Si c'est un aveuglement surnaturel de sans chercher ce qu'on est, c'en est un terrible de mal en croyant Dieu »
BOSSUET: « Est-on dans les grandes places pour se reposer et pour ? »
MASS.: « Jouissons de la vie ; ne nous refusons aucun plaisir ; le temps est court, hâtons-nous de , parce que nous mourrons demain, et tout mourra avec nous »
VAUVENARGUES.: « Pour exécuter de grandes choses, il faut comme si on ne devait jamais mourir »
D'ALEMB.: « Il résultait de ses observations [de Montesquieu] que l'Allemagne est faite pour y voyager, l'Italie pour y séjourner, l'Angleterre pour y penser et la France pour y »
    D'une façon emphatique et absolument. Employer sa vie.
LA FONT.: « Contre de telles gens [les stoïciens, qui ôtent les passions], quant à moi, je réclame : Ils ôtent à nos coeurs le principal ressort ; Ils font cesser de avant que l'on soit mort »
PASC.: « Nous ne vivons jamais, mais nous espérons de ; et, nous disposant toujours à être heureux, il est inévitable que nous ne le soyons jamais »
BOSSUET: « Quand il n'en faudrait retrancher [de la vie] ni l'enfance où l'homme ne se connaît pas, ni les maladies où l'on ne vit point.... »
VAUVENARGUES.: « La pensée de la mort nous trompe ; car elle nous fait oublier de »
VOLT.: « La plupart des hommes meurent sans avoir vécu ; vous vivez beaucoup, puisque vous pensez beaucoup »
J. J. ROUSS.: « L'homme qui a le plus vécu n'est pas celui qui a compté le plus d'années, mais celui qui a le plus senti la vie ; tel s'est fait enterrer à cent ans, qui mourut dès sa naissance »
J. J. ROUSS.: « Vivre ce n'est pas respirer, c'est agir ; c'est faire usage de nos organes, de nos sens, de nos facultés, de toutes les parties de nous-mêmes qui nous donnent le sentiment de notre existence »
A. CHÉN.: « Ceux qui.... N'ont connu qu'une oisive et morne indifférence.... Ils n'ont fait qu'exister, l'amant seul a vécu »
V. HUGO: « Ceux qui vivent, ce sont ceux qui luttent ; ce sont Ceux dont un dessein ferme emplit l'âme et le front »
    Avoir trop vécu, s'être livré à des excès dans sa jeunesse.
Mme DE PUISIEUX: « Ceux qui ne meurent jamais que parce qu'ils ont trop vécu »

 5   Vivre pour, consacrer sa vie à. Ne que pour servir Dieu, que pour son pays, que pour l'étude.
BOSSUET: « Ce coeur qui n'a jamais vécu que pour son époux »
RAC.: « Moi, j'aimerais Roxane, ou je vivrais pour elle ! »
LA BRUY.: « Gnathon ne vit que pour soi, et tous les hommes ensemble sont à son égard comme s'ils n'étaient pas »
FÉN.: « Que je le voie, plein de mépris pour moi, ne vivant plus que pour ma rivale »
BOISSY: « Qui ne vit que pour soi n'est pas digne de »
    On a dit dans le même sens : ne qu'à.
RÉGNIER: « Mon coeur gêné d'amour n'a vécu qu'aux ennuis »
CORN.: « Ainsi des plus grands saints la sagesse profonde Pour ne qu'à Dieu fuyait les jeux du monde »

 6   Vivre avec une femme, avoir avec elle des rapports conjugaux.
SACI: « Pour éviter la fornication, que chaque homme vive avec sa femme, et chaque femme avec son mari »
VOLT.: « Savez-vous seulement [vous, Oedipe] avec qui vous vivez ? »
    En un sens défavorable. Vivre en état de concubinage. Elle vit avec un jeune homme.
J. J. ROUSS.: « La surprise avec laquelle j'appris par lui que personne ne doutait dans le monde que je n'eusse vécu avec Mme d'Épinay, comme Grimm y vivait maintenant, ne peut être égalée que par celle qu'il eut lui-même en apprenant combien ce bruit était faux »
SAURIN: « On épouse une femme, on vit avec une autre, l'on n'aime que soi »
    Vivre avec le public, dans la prostitution.
MIRAB.: « Cette Rosten, qui vit avec le public, fille d'un acteur »

 7   Il se construit avec certains noms de temps et d'une manière qui pourrait faire croire qu'il a un régime direct ; mais il n'en est rien : c'est une ellipse de pendant, durant.
CORN.: « Oui c'est moi qui voudrais effacer de ma vie Les jours que j'ai vécu sans vous avoir servie »
LA BRUY.: « Le regret qu'ont les hommes du mauvais emploi du temps qu'ils ont déjà vécu, ne les conduit pas toujours à faire de celui qui leur reste à , un meilleur usage »
BUFF.: « L'homme, qui est trente ans à croître, vit quatre-vingt-dix ou cent ans ; le chien, qui ne croît que pendant deux ou trois ans, ne vit aussi que dix ou douze ans »
BUFF.: « Nous trouverons dans la table qu'à l'âge de 25 ans on n'a vécu que le quart de sa vie, qu'à l'âge de 38 ans on n'en a vécu que la moitié, et que ce n'est qu'à l'âge de 56 ans qu'on a vécu les trois quarts de sa vie »
J. J. ROUSS.: « Ah ! si l'on peut mille ans en un quart d'heure, à quoi bon compter tristement tous les jours qu'on aura vécu ? »
J. J. ROUSS.: « Similis, courtisan de Trajan, ayant, sans aucun mécontentement personnel, quitté la cour et tous ses emplois pour aller paisiblement à la campagne, fit mettre ces mots sur sa tombe : J'ai demeuré soixante-seize ans sur la terre, et j'en ai vécu sept »

 8   Se nourrir. Les animaux qui vivent de proie. Il fait cher dans cette ville. Il a fait meilleur cette année que l'année dernière où les récoltes avaient souffert.
SACI: « Jean était vêtu de poil de chameau ; il avait une ceinture de cuir autour des reins, et vivait de sauterelles et de miel sauvage »
LA FONT.: « On ne vit ni d'air ni d'amour »
MOL.: « Je vis de bonne soupe, et non de beau langage »
DANGEAU: « Le roi a très bien dormi ; il a grand'faim, et est bien las de ne que de bouillons »
BOILEAU: « Parmi des tas de blé de seigle et d'orge »
FÉN.: « Sa nourriture était simple ; il vivait comme les soldats, pour leur donner l'exemple de la sobriété et de la patience »
BUFF.: « Les Tartares de l'Asie et les Patagons de l'Amérique vivent également de la chair de leurs chevaux »
RAYNAL: « Il [Sommanocodom] vivait avec un grain de riz par jour ; il arracha un de ses yeux pour le donner à un pauvre auquel il n'avait rien à donner »
    Familièrement. Il vit de rien, il mange très peu, il dépense très peu pour sa nourriture.
BÉRANG.: « La bouche pleine, osez-vous bien Chanter l'amour qui vit de rien ? »
    Fig.
MAINTENON: « Je me renferme avec eux, et je vis de sentiments, de douleurs, et de chagrins »
L. RAC.: « La riche fiction est le charme des vers ; Nous vivons du mensonge »
    Vivre de régime, suivre un régime, avec beaucoup de règle pour cause de santé.
LA FONT.: « Il vivait de régime et mangeait à ses heures »
    Vivre à table d'hôte, manger habituellement à une table commune où chacun paye tant par repas.
    Ils vivent en commun, se dit de plusieurs personnes qui n'ont qu'une table tenue à frais communs.

 9   Vivre sur soi-même, se dit d'une personne d'embonpoint, qui mange peu, et qui semble se sustenter de sa propre substance.
    Fig.
SÉV.: « Nous sommes dans un profond silence.... dans un entier éloignement de toute sorte de nouvelles, et vivant enfin sur nos réflexions »
    Fig. Vivre de sa réputation, sur sa réputation, garder son crédit, son influence non par ce qu'on fait, mais par le souvenir de ce qu'on a fait.
D'ALEMB.: « Nous vivons [nous Français] encore un peu de notre ancienne réputation littéraire ; mais cette vie précaire ne durera pas longtemps »

 10   Se procurer les moyens de , de se soutenir. Vivre de son travail. Vivre de ses revenus.
LA FONT.: « Apprenez que tout flatteur Vit aux dépens de celui qui l'écoute »
PASC.: « Il est juste que ceux qui servent à l'autel vivent de l'autel »
SÉV.: « Au lieu que ce devrait être de l'argent pour , c'est de l'argent pour avoir vécu »
VOLT.: « Ces malheureux [les gredins du Parnasse] cherchent à penser pour , et moi je n'ai vécu que pour penser »
VOLT.: « La basse littérature cherche toujours à tout empoisonner ; elle ne vit que de ce métier »
VOLT.: « Il faut bien que je vive, disait l'abbé Desfontaines à un ministre d'Etat ; le ministre eut beau lui dire qu'il n'en voyait pas la nécessité ; Desfontaines vécut »
    Avoir de quoi , posséder un revenu suffisant pour la manière dont on vit.
DANCOURT: « Non, morbleu, il n'y aura plus moyen de avec moi ; car je n'aurai bientôt plus de quoi »
    En mauvaise part, d'industrie, par des moyens peu honorables.
    Vivre de ménage, avec économie, et fig. par plaisanterie, vendre ses meubles pour subsister.
MOL.: « Martine : Un homme.... qui me vend pièce à pièce tout ce qui est dans le logis ! - Sganarelle : C'est de ménage »
    Vivre au jour le jour, au jour la journée, avec ce qu'on gagne chaque jour.
    Fig. Vivre au jour le jour, sans prévoyance, sans s'inquiéter du lendemain.
    Fig. Il vit de la grâce de Dieu, se dit d'un homme à qui on ne connaît aucune ressource pour subsister. Il se dit aussi d'un homme qui mange très peu, et à peine assez pour se soutenir.
    Fig. Vivre d'espérance, dans l'attente de quelque bien, et se soutenir par cette attente.

 10   Terme d'administration militaire. Se procurer les aliments nécessaires à une armée.
PELLISSON: « Il [le marquis de Resnel] prétend qu'on n'a pas de quoi une campagne, si l'on n'a en divers magasins de quoi en deux »
SÉGUR: « Ce jour-là même, il [Napoléon] interpella hautement un administrateur par ces mots remarquables : Pour vous, monsieur, songez à nous faire ici [Vitepsk] ; car, ajouta-t-il à haute voix, nous ne ferons pas la folie de Charles XII »
SÉGUR: « Nos longs et lourds convois auraient appesanti notre marche ; il était plus à propos de du pays »
    Vivre à discrétion, se dit des soldats qui se font traiter à leur gré par les habitants du pays envahi.

 11   Se dit par rapport à la dépense que l'on fait, à l'état que l'on tient. Vivre splendidement, honorablement, noblement, grandement, largement. Vivre en prince, en grand seigneur. Vivre misérablement, mesquinement, petitement.
LA FONT.: « Je sais que la vengeance Est un morceau de roi ; car vous vivez en dieux »
    Vivre noblement, d'une façon qui ne déroge en rien à la noblesse (locution qui vieillit).
MASS.: « Que dites-vous tous les jours vous-mêmes de ceux qui lui ressemblent ? un tel vit noblement ; il mange son bien avec honneur »
    Vivre noblement, en gentilhomme, sans rien faire.
LA FONT.: « Chacun d'eux résolut de en gentilhomme, Sans rien faire »

 12   Mener une certaine existence, un genre de vie quelconque. Vivre dans le célibat, dans le mariage. Vivre dans la joie, dans la tristesse. Il vit content.
BOSSUET: « Les prêtres et les religieux, zélés et infatigables pasteurs de ce troupeau affligé, qui vivaient en Angleterre pauvres, errants, travestis »
RAC.: « Si je n'ai pas vécu la compagne d'Achille »
VOLT.: « Je vis dans une retraite profonde auprès de la dame la plus estimable du siècle présent, et avec les livres du siècle passé »
VOLT.: « Les hommes éclairés, qui sont en grand nombre, gémissent tout bas en Italie ; le reste vit dans les plaisirs et l'ignorance ; le bas peuple, dans la superstition »
    Vivre paix et aise, passer sa vie tranquillement dans l'abondance (locution vieillie).
    Il faut laisser chacun à sa mode, que chacun règle sa vie comme il l'entend.
    On dit de même : Chacun vit à sa mode.

 13   Être en contact, en commerce habituel.
SÉV.: « Ah ! mon enfant, qu'il est aisé de avec moi ! »
LA BRUY.: « La condition des comédiens était infâme chez les Romains, et honorable chez les Grecs ; qu'est-elle chez nous ? on pense d'eux comme les Romains, et on vit avec eux comme les Grecs »
MONTESQ.: « Il [Charlemagne] aimait à avec les gens de sa cour »
VOLT.: « Le maréchal de Vivonne, connu par son esprit et par son amitié pour Despréaux, allait souvent chez Molière, et vivait avec lui comme Lelius avec Térence »
BARTHÉL.: « Pythagore, qui régnait sur tout le corps [de ses disciples] avec la tendresse d'un père, mais avec l'autorité d'un monarque, vivait avec eux comme avec ses amis ; il les soignait dans leurs maladies, et les consolait dans leurs peines »
    Vivre avec les vivants, se conformer aux moeurs, aux usages.
SÉV.: « Il faut solliciter, il faut se familiariser, il faut avec les vivants »
CARMONTELLE: « Quand je fais autrement, ce n'est pas ma faute ; je sais bien qu'il faut avec les vivants »
    Vivre avec soi-même, dans la retraite, sans communication avec le monde.
FONTEN.: « Il faut être bien avec ceux avec qui l'on vit, et bien avec soi quand on vit avec soi »
    Vivre bien, mal avec quelqu'un, être en bonne, en mauvaise intelligence avec lui.
LA FAY.: « Quoiqu'elle vécût parfaitement bien avec lui, il n'était pas entièrement heureux »
    Vivre bien avec quelqu'un, signifie aussi se comporter à son égard convenablement, décemment, ne pas manquer aux égards de convenance.
GENLIS: « Je désire, madame, dit le roi, que vous viviez bien avec Mme de Montespan »
GENLIS: « La Fare [amant de Mme de la Sablière] était l'ami du marquis de la Sablière, qui vécut toujours bien avec sa femme »
    On dit dans le sens contraire : mal avec quelqu'un. Ce jeune homme vit mal avec ses parents.
    Cet homme est aisé, commode à , il est d'un commerce facile, on vit facilement avec lui.
    Dans le sens contraire : C'est un homme difficile à .
    On ne saurait avec cet homme, il est d'une humeur à laquelle on ne saurait s'accommoder.

 14   Se conduire d'une certaine manière par rapport aux moeurs, à la religion. Vivre saintement. Vivre mal.
RÉGNIER: « Ma fille, c'est ainsi que l'on vit à Paris »
MOL.: « On les voit [les vrais dévots], pour tous soins, se mêler de bien »
MOL.: « Votre fille ne vit pas comme il faut qu'une femme vive »
MOL.: « Et je me vis contrainte à demeurer d'accord Que l'air dont vous vivez vous faisait un peu tort »
PASC.: « Les conditions les plus aisées à selon le monde sont les plus difficiles à selon Dieu, et au contraire »
PASC.: « Je ne vous rapporterai que l'exemple d'une femme qui, pratiquant tous les jours la dévotion des images de la Vierge, vécut toute sa vie en péché mortel.... et qui ne laissa pas d'être sauvée par le mérite de cette dévotion »
SÉV.: « C'est avoir envie de chrétiennement avec la fortune, que de lui pardonner la conduite qu'elle a eue avec vous »
FLÉCH.: « Je vis enfin comment meurt un chrétien qui a bien vécu »
MARIV.: « Je ne suis pas peureuse de mon naturel : qui vit bien ne craint rien »
BUFF.: « Nous ne commençons à moralement que quand nous commençons à ordonner nos pensées, à les tourner vers un certain avenir, et à prendre une espèce de consistance »

 15   Se conformer aux usages du monde.
MOL.: « Ils [les faux dévots] sont trop politiques pour cela, et savent trop bien pour découvrir le fond de leur âme »
SÉV.: « Nous fûmes ensuite chez Mme Colbert, qui est extrêmement civile, et sait très bien »
     Anti-Menagiana, p. 66: Il est vrai que ces messieurs, qui savaient mieux que lui [Ménage], raccommodaient tout, faisant signe qu'ils se garderaient bien d'accepter les offres qu'on leur faisait
DESHOUL.: « Hélas ! on n'a plus rien à craindre ! Les vices n'ont plus de censeurs ; Le monde n'est rempli que de lâches flatteurs : Savoir , c'est savoir feindre »
LESAGE: « Oh ! monsieur, il sait trop bien pour en user si familièrement avec vous »
VOLT.: « Il faut prendre le parti de la vérité ; mais faut-il blesser pour cela l'humanité ? faut-il renoncer à savoir , parce qu'on se flatte de savoir écrire ? »
VOLT.: « Congédie honnêtement cet homme estimable et grossier, qui sait donner et qui ne sait pas »
MARMONTEL: « Je le verrai, madame, je sais , et l'on peut se fier à moi sur l'article des procédés »
    Apprendre à , enseigner comment il faut se conformer aux usages du monde.
REGNARD: « Faut-il que la jeunesse Apprenne maintenant à à la vieillesse ? »
BOISSY: « Tu es un gentilhomme français si zélé pour la politesse de ton pays, que tu es venu exprès à Londres pour l'y enseigner publiquement, et pour apprendre à à toute l'Angleterre »
    Familièrement. Je lui apprendrai à , je lui apprendrai à agir plus convenablement ; je le corrigerai, je le punirai de sa faute.
MOL.: « Il faut apprendre à à ce sexe volage »
VOLT.: « Et qu'enfin, si quelqu'un parlait mal de Teutatès, il lui apprendrait à »
    Apprendre à , acquérir la connaissance des usages du monde.
    Le savoir-vivre, voy. SAVOIR-VIVRE.

 16   Fig. Avoir une seconde vie, demeurer dans le souvenir, dans l'affection, en parlant des personnes.
MOL.: « ....oui, j'aime mieux, n'en déplaise à la gloire, Vivre au monde deux jours que mille ans dans l'histoire »
BOSSUET: « Il [Alexandre] vit dans la bouche de tous les hommes, sans que sa gloire soit effacée ou diminuée depuis tant de siècles »
BOSSUET: « Ô prince, le digne sujet de nos louanges et de nos regrets, vous z éternellement dans ma mémoire »
RAC.: « Si l'espoir de régner et de en mon coeur Peut de son infortune adoucir la rigueur »
DUCLOS: « Quel homme d'État osera se répondre de dans l'histoire, quand on voit des médailles de plusieurs rois dont les noms ne se trouvent dans aucun historien ? »
SÉNÈQUE: « Combien d'années Caton a-t-il vécu ? Caton vit encore, il s'adresse à nous, il s'adresse à nos neveux, il a laissé le modèle impérissable de l'homme vertueux »
    Il se dit des choses dans le même sens.
SACI: « Ce cantique portera contre eux un témoignage, qui vivra dans la bouche de leurs enfants sans qu'il puisse jamais être effacé »
RAC.: « Quoi ! tu crois, cher Osmin, que ma gloire passée Flatte encor leur valeur, et vit dans leur pensée ? »
RAC.: « Et qu'à jamais mon nom vive dans leur mémoire »
DELILLE: « Leurs usages, leurs lois, leurs noms vivent encore »
    Cet ouvrage vivra, il passera à la postérité.
    Les mauvais ouvrages ne vivent pas longtemps, ils tombent bientôt dans l'oubli.

 17   Vive, vivent, expression qu'on emploie pour indiquer qu'on souhaite longue vie et prospérité à quelqu'un.
CORN.: « Vive le roi ! Il s'élève un grand bruit, et mille cris confus Ne laissent discerner que Vive Héraclius ! »
SACI: « Le temps vient, dit le Seigneur, qu'on ne dira plus à l'avenir : Vive le Seigneur, qui a tiré les enfants d'Israël de l'Égypte ; mais Vive le Seigneur, qui a tiré les enfants d'Israël de la terre d'aquilon »
LA FONT.: « Le sage dit selon les gens : Vive le roi ! Vive la ligue ! »
D'ALEMB.: « Au moment où il arriva à l'Académie, il trouva plus de deux mille personnes dans la cour du Louvre, qui criaient en battant des mains : Vive M. de Voltaire ! »
GÉNÉRAL FOY: « Les soldats prenaient le pas de course ; les tambours battaient la charge ; l'air retentissait des cris mille et mille fois répétés : En avant ! en avant ! Vive la république ! »
    Par extension. Vive le roi, cri de ralliement des royalistes.
    On dit de même : Vivent les braves !
VOLT.: « Vive la liberté ! ma main brise vos fers »
RAYNAL: « Vive le vainqueur, disent leurs habitants à l'exemple des Italiens, passant et repassant d'un joug à l'autre dans une seule campagne »
    Il se dit familièrement pour marquer qu'on estime quelqu'un, qu'on fait grand cas de quelque chose.
LA FONT.: « Vive le vin ! Vivent les sots pour donner de l'esprit ! »
DESTOUCHES: « Vivent les provinces pour les manières ; on se pique à Paris d'un petit air aisé, qui est la grossièreté même »
PIRON: « Vivent les grands esprits pour former les grands coeurs ! »
GRESS.: « Malgré tout le jargon de la philosophie, Malgré tous les chagrins, ma foi, vive la vie ! »
BEAUMARCH.: « Où je ne vois pas de profit, je veux au moins du plaisir ; et vive la joie ! »
    Substantivement. Un vive-la-joie, un homme joyeux, sans souci.
    Vive Dieu ! sorte d'affirmation tirée de l'Écriture sainte.
BOSSUET: « Vive Dieu ! ah ! j'ai pitié de votre aveuglement : je veux ôter de dessus votre dos ce fardeau qui vous accable, et mettre devant vos yeux cette vérité qui vous éclaire »
LESAGE: « Si je les rencontre demain, vive Dieu ! ils verront ce qui leur arrivera »

 18   Qui vive ? voy. QUI-VIVE.
    Vivre se conjugue avec l'auxiliaire avoir.

 19   Il s'emploie quelquefois activement, avec le mot vie ou un nom de temps pour régime.
MASS.: « Cette distance infinie que vos crimes avaient mise entre le Seigneur et vous, et que des siècles de pénitence, quand vous les auriez vécus, n'auraient pu remplir eux-mêmes »
É. LITTRÉ: « Beaucoup n'auront vécu leur vie chétive.... »

 20   Le , l'état d'être en vie.
LA FONT.: « Ô douce volupté, sans qui dès notre enfance Le et le mourir nous deviendraient égaux »
PASC.: « En sorte que [suivant les casuistes] le simple est plus malaisé que le bien [la bonne conduite] »
    Manière de .
RÉGNIER: « Je pense, quant à moi, que cet homme fut ivre, Qui changea le premier l'usage de son , Et, rangeant sous ses lois les hommes écartés, Bâtit premièrement et villes et cités »
P. L. COUR.: « On est nourri, vêtu, logé bien mieux qu'on ne l'était, et les moeurs s'améliorent avec le physique »
    Donner aux soldats pour le bien , se disait d'une certaine somme qu'on donnait aux soldats dans les garnisons, pour les obliger à ne rien exiger de leurs hôtes au delà de ce que prescrivaient les ordonnances.

 21   Vivre s'est dit pour usage du monde.
DANCOURT: « Oh ! madame, M. le chevalier sait trop bien son »

PROVERBES
    On ne sait qui meurt ni qui vit, il faut mettre ses affaires, sa conscience en ordre, pour être préparé à la mort.
    Qui vit à compte, il vit à honte.
    Qui plus vit, plus a à souffrir.
    Qui a honte de manger, a honte de .
    Assez jeûne qui pauvrement vit.
    Item il faut , la nécessité de pourvoir à sa subsistance fait faire bien des choses qu'on ne ferait pas autrement et qu'on doit excuser.
    S'il vit, il aura de l'âge, se dit pour exprimer qu'un enfant, un jeune homme avec l'âge acquerra de l'expérience.
    Il faut que tout le monde vive, il faut permettre à chacun de pourvoir à son existence, à ses goûts.
VOLT.: « Ceux qui ont des organes grossiers cherchent des plaisirs où l'âme n'entre pour rien ; et ceux qui ont un sentiment plus délicat, veulent des plaisirs plus fins ; il faut que tout le monde vive »
    Le prêtre vit de l'autel, se dit quand on veut faire entendre que chacun vit de son métier.
MOL.: « Suivant le dire d'un ancien, il faut manger pour , et non pas pour manger »
    Cet enfant a trop d'esprit, il ne vivra pas, se dit pour se moquer des enfants trop précoces, d'après cette opinion que la précocité est un danger.
C. DELAV.: « Quand ils ont tant d'esprit, les enfants vivent peu »

REMARQUE
    1. Il faut dire : les années qu'il a vécu, et non qu'il a vécues. En effet années n'est pas complément direct de ; mais il faut entendre les années pendant lesquelles il a vécu. Ainsi un long temps, c'est pendant longtemps.
    2. Dans le XVIIe siècle, l'usage et les grammairiens n'étaient pas fixés sur la forme du prétérit : je vécus ou je véquis, et de l'imparfait du subjonctif : je vécusse ou je véquisse.
PASC.: « La corruption de la raison parait par tant de différentes et extravagantes moeurs ; il a fallu que la vérité soit venue, afin que l'homme ne véquît plus en soi-même »
FLÉCH.: « Jamais prince ne véquit si bien dans son domestique »
RAC.: « Ce fameux conquérant, ce vaillant Sésostris, Qui jadis en Égypte, au gré des destinées, Véquit de si longues années, N'a vécu qu'un jour à Paris Aujourd'hui on ne dit plus que : je vécus, je vécusse. »
    3. À la première personne du présent de l'indicatif, Malherbe a dit : je vi au lieu de je vis.
MALH.: « Le peu qu'ils ont vécu leur fut grand avantage, Et le trop que je vi ne me fait que dommage C'est un archaïsme ; dans l'ancien français les premières personnes de ce temps, aux verbes où l's n'est point au radical, ne prenaient point d's. Cet archaïsme doit être admis quand la rime l'exige. »

HISTORIQUE
    XIème siècle
     Lois de Guill. 45: E s'il ne volt [veut], ou s'il ne vist....
     Ch. de Rol. CXLIX: Quant tu es mors, dolur est que je vif
    XIIème siècle
     Ronc. p. 193: Se Deu plaist et je vif, je vous metrai à mal
     Couci, III: Bien [je] cuidai sans amour Dès ore en pais tout mon aé [âge]
     Sax. v: Puis fu morte la dame, ne vesqui que six ans
     ib. XXVII: Gardez bien ces messages [ces messagers] ; car lor s ert cors [sera court]
     Job, p. 441: Li bieneurous Job viscat entre les felons
    XIIIème siècle
     Berte, LIX: Ne vivoit que de pain et d'eve au samedi
     Hist. litt. de la Fr. t. XXIII, p. 725: Tout aussi com d'un enfant qui, quant on le trouve de bon engien, si dist on que il ne vivra mie long tans
BRUN. LATINI: « Ce est par une tel nature que tozjors li maindres [le moindre] est viande dou graignor [du plus grand] ; et ainsi li uns vit de l'autre »
BRUN. LATINI: « L'amor des freres est aussi comme amor de compaignons, por ce que il sont vesqu et norri ensemble »
     la Rose, 8026: Povreté fait homme despire Et haïr et à martire, Et tolt au sage neis [même] le sen
     ib. 8182: Si sai ge bien certainement Que, se loial amor ne ment, Se vous vivez et je morroie, Tousjors en vostre coeur vivroie
     Ass. de Jér. I, 30: Le prelat qui le corone, et toz les autres dient en latin par trois fois : Vive le roi en bone prosperité
JOINV.: « La maniere de leur estoit tele ; car il ne mangoient point de pain, et vivoient de char et de let »
JOINV.: « Les orges, et les ris, et tout ce de quoy en peut »
JOINV.: « Le comte de Bretaingne a pis fait au roy que nul homme qui vive »
    XIVème siècle
     Guesclin. 18073: Et dit li uns à l'autre à la fois et souvent : Vive ce Bertran, vive, qui regne tellement !
    XVème siècle
FROISS.: « Nous n'avons qu'un petit »
FROISS.: « Donc dirent ils que ils vouloient que il vesquisist, car il estoit trop durement bel »
FROISS.: « Il faut, qui veut en ce monde et avoir honneur, avoir du bien et du mal »
E. DESCH.: « Aussi en y a maint de ceauls [ceux] Qui gourmandent, boivent, manguent Sans faim, sans soif, si se tuent, Et veulent pour mangier, Non manger pour vie allongier »
MONSTREL.: « En pillant et robbant nostre pauvre peuple, se vivent sur iceluy en degastant leurs biens, et font plusieurs autres grans dommaiges, maulx et excès »
     Perceforest, t. II, f° 97: Lyonnel mon cousin vit, ce m'est advis, d'amours ; car il ne luy souvient de manger
COMM.: « [Louis XI] en sa jeunesse, et vivant le roy Charles septiesme son pere, se y vint retirer »
    XVIème siècle
AMYOT: « Les artisans vivans de leurs bras »
AMYOT: « Il vescut toute sa vie en très estroitte pauvreté »
AMYOT: « Ainsi vescut il, comme Nestor, presque trois aages d'homme »
AMYOT: « Encore la laissa il [Athènes] libre, franche et vivante à ses loix »
RONS.: « Nous vivons, mon Belleau, une vie sans vie »
RONS.: « L'homme ne vit pas tant de l'air tiré des cieux, De pain, de vin, de feu.... »
GÉNIN.: « Assez sçait qui sçait »
DESPORTES: « Je veux mal aux destins dont les loix adversaires M'ont si tard fait sentir vostre aimable rigueur ; Le tans vescu devant ne m'estoit que langueur »
RAB.: « Il vesquit jusques à la la mort, en despit des envieux »
CALV.: « Nul ne vit plus desordonnément, que celui qui vit à soy, et ne pense qu'à son profit »
DU BELLAY: « C'estoit ores, c'estoit qu'à moy je devois , Sans vouloir estre plus que cela que je suis »
DU BELLAY: « Mais il n'a pleu aux dieux me permettre de suivre Ma jeune liberté, ny faire que depuis Je vesquisse aussi france de travaux et d'ennuis.... »
DU BELLAY: « Leur solitaire »
DU BELLAY: « Tout oeuvre qui doit , il a dès sa naissance Un daemon qui le guide à l'immortalité »
LANOUE: « L'homme est né pour une meilleure fin que pour , c'est pour bien »
D'AUB.: « Ils [les vaudois] vesquirent sans persecution sous les ducs de Savoye »
MONT.: « La belle moitié de leur vie, ils [Annibal et Scipion] la vescurent de la gloire acquise en leur jeunesse »
MONT.: « J'ay vescu en assez bonne compaignie pour n'ignorer pas... »
MONT.: « Le longtemps »
MONT.: « Cicero disoit que, quand il vivroit la vie de deux hommes... »
MONT.: « Adorant un Dieu qui vesquit aultrefois homme »
LA BOÉTIE: « Vive liberté »

ÉTYMOLOGIE
    Prov. viure, vieure ; catal. viurer ; esp. vivir ; portug. viver ; ital. vivere ; du latin vivere ; comparez le grec vie ; le gaél. beo, vivant ; kimry, byw, vivant ; sanscr. jiv, . Le wallon dit viké ; au XIIe siècle on trouve une forme viscat.

SUPPLÉMENT AU DICTIONNAIRE 1. VIVRE. Ajoutez :

 23   Le long , l'action de longtemps.
CHATEAUBR.: « C'est un malheur du trop long »


2ème définition d'Emile Littré

Subst. masculin 



 1   Nourriture.
RÉGNIER: « Cent fleuves épars Qui dispersaient le aux gens de toutes parts »
LA FONT.: « Il fit tant, de pieds et de dents, Qu'en peu de jours il eut au fond de l'ermitage Le et le couvert : que faut-il davantage ? »
PASC.: « La loi, qui n'accorde que le simple aux banqueroutiers, et non pas de quoi subsister avec honneur »
LA BRUY.: « Une chose folle, et qui découvre bien notre petitesse, c'est l'assujettissement aux modes, quand on l'étend à ce qui concerne le goût, le , la santé et la conscience »
CHATEAUBR.: « La solitude lui a préparé [à l'oiseau] le et le couvert »

 2   Au plur. Toutes les choses qui servent à la nourriture. Les s sont fort chers, et le vin est hors de prix.
RAYNAL: « On donnait à ces sauvages des bonnets rouges, des grains de verre, des épingles, des couteaux, des sonnettes, et ils donnaient de l'or et des s »
MARMONTEL: « Ces s consistaient en un gros pain de seigle, un petit fromage, un morceau de lard et deux ou trois livres de boeuf ; ma mère y avait ajouté une douzaine de pommes »
SÉGUR: « Il [l'empereur] sentait bien qu'il ne pouvait ôter ni reprocher à ses soldats ce fruit de tant de travaux [butin qu'ils emportaient de Moscou dans des chariots] ; d'ailleurs les s cachaient le butin ; et lui qui ne pouvait pas donner aux siens les subsistances qu'il leur devait... »
SÉGUR: « Quand l'armée passa ce fleuve [Vistule], elle reçut l'ordre de prendre, sans s'arrêter, pour vingt-cinq jours de s, mais de ne s'en servir qu'au delà du Niémen »
    Couper les s, intercepter les approvisionnements d'une armée, d'une ville, etc.
BOSSUET: « Memnon voulait qu'on leur disputât [aux Grecs] tous les passages, qu'on leur coupât les s »
    Fig. Couper les s, supprimer l'envoi d'une pension alimentaire.

 3   En termes de marine, provision des choses nécessaires à la nourriture de l'équipage d'un navire ou des équipages d'une flotte.
    Vivres de campagne, les s composés de viandes salées ou en daube, de légumes secs et de biscuit.

 4   Entreprise de la fourniture du pain et de la viande pour les armées. Faire fortune dans les s. L'administration des s. Les s-pain. Les s-viande.

HISTORIQUE
    XIIème siècle
     Th. le mart. 62: Clere e de dete e d'el [d'autre chose] aurunt e curt e lei, E tuit cil qui d'aumosne unt e e conrei
    XIIIème siècle
     Ass. de Jér. I, 261: L'enfant... deit aveir son convenablement de son fié
BEAUMANOIR: « Li creanciers li doit livrer [au débiteur incarcéré] son »
    XIVème siècle
     Guesclin. 1928: Car des s [ils] avoient plus qu'on n'aloit pensant
    XVème siècle
FROISS.: « Allons, allons, on se doit aventurer pour son »
DU CANGE: « À la charge de tel portion de quint et naturel [pension alimentaire] »
    XVIème siècle
MONT.: « En toutes choses... la mutation est à craindre, la mutation des saisons, des s, des humeurs »

ÉTYMOLOGIE
    Vivre 1.


3ème définition d'Emile Littré

Subst. féminin 


Terme de blason. Serpent tortueux.

ÉTYMOLOGIE
    Le même que guivre (voy. ce mot).


1ère signification éditée en 1835 par l'Académie Française

Verbe 


("Je vis, tu vis, il vit; nous vivons, vous vivez, ils vivent. Je vivais. Je vécus. J'ai vécu. Je vivrai. Je vivrais. Vis, vivez. Que je vive. Que je vécusse. Vivant.") Être en vie. "Tous les hommes et tous les animaux qui vivent sur la terre. Les oiseaux vivent dans l'air, et les poissons dans l'eau. Si nous vivons dans ce temps-là. Il a vécu cent ans. Saint Louis vivait au treizième siècle. S'il vit âge d'homme. Cesser de . Être las de . Ils vécurent ensemble."
Prov., "On ne sait qui meurt, ni qui vit," se dit Pour exprimer l'incertitude où l'on est sur la durée de la vie et sur le moment de la mort. "Il faut lui donner une reconnaissance de l'argent qu'il nous a prêté, car on ne sait qui meurt, ni qui vit."
Fig.: "Il est toujours malade, il est dans des frayeurs continuelles, ce n'est pas . Il ne vit pas, il ne fait que languir." On dit aussi, "Ne que pour soi," Ne songer qu'a soi, ne s'occuper que de ses intérêts; et, dans des sens analogues: "Ne que pour servir Dieu, que pour étudier, que pour le bonheur des autres, que pour les autres. Je ne vis que pour toi."
"Dieu vit de toute éternité, vit dans les siècles des siècles, vit par lui-même," se dit Pour exprimer que l'existence de Dieu est éternelle et indépendante. "Les bienheureux vivront éternellement avec Dieu dans la gloire," Ils jouiront de la vue de Dieu pendant l'éternité.



2ème signification éditée en 1835 par l'Académie Française



signifie figurément, Durer, subsister. Ainsi on dit, dans le style soutenu: "Un si grand prince vivra éternellement dans l'histoire. La mémoire de ce conquérant, son nom, sa gloire vivra jusque dans la postérité la plus reculée." On dit aussi, "Cet ouvrage vivra," Il passera à la postérité. "Les mauvais ouvrages ne vivent que peu de temps."
Il se dit, en termes de Dévotion, par rapport à la disposition de l'âme qui est en état de grâce. "Un pécheur converti vit de la vie de la grâce, vit d'une vie nouvelle." Dans l'Écriture sainte, il est dit, "Le juste vit de la foi."



3ème signification éditée en 1835 par l'Académie Française



signifie aussi, Se nourrir, soutenir sa vie par le moyen des aliments. "Donner à quelqu'un pour , de quoi ; le faire . Il n'a pas de quoi . Il ne vit que de racines, que de légumes. Les oiseaux qui vivent de grains, de proie, de carnage. Cet homme-là vit de peu, vit sobrement. Il vit aux dépens d'autrui, sur le commun, aux dépens du commun. Il fait cher dans cette ville."
"Vivre de régime," Vivre avec beaucoup de règle, pour rétablir ou pour conserver sa santé.
"Vivre à table d'hôte," Manger habituellement à une table commune où chacun paye tant par repas. "Ils vivent en commun," se dit De plusieurs personnes qui n'ont qu'une table à frais communs.
Prov., "Il faut que tout le monde vive," Il faut laisser ou fournir à chacun les moyens de pourvoir à son existence.



4ème signification éditée en 1835 par l'Académie Française



se dit également en parlant De tout ce qui fournit les moyens de subsister, de se soutenir. "Vivre de son bien, de ses rentes. Vivre de son travail, de son métier, etc. Vivre d'emprunt. Vivre d'aumônes. Vivre de rapine."
Fam., "Vivre de ménage," Vivre avec économie; et figurément, par plaisanterie, Vendre ses meubles pour subsister.
"Vivre d'industrie," Trouver moyen de subsister par son adresse et par son savoir-faire. Il ne se dit qu'en mauvaise part.
Fig., "Vivre d'espérance," Vivre dans l'attente de quelque bien, et se soutenir par cette attente.
Fig. et fam., "Il vit de la grâce de Dieu," se dit D'un homme à qui on ne connaît aucun bien, ni aucune ressource pour subsister. Il se dit aussi D'un homme qui mange très-peu, et à peine autant qu'il faut pour se soutenir.
"Vivre au jour la journée, au jour le jour," N'avoir pour subsister que ce qu'on gagne chaque jour par son travail.
Prov. et fig., "Vivre au jour le jour," S'inquiéter peu du lendemain, être sans prévoyance.
Prov., "Item il faut ," La nécessité de pourvoir à sa subsistance doit excuser beaucoup de choses que l'on fait, et que l'on ne ferait pas sans cela.
"Vivre à discrétion," se dit Des soldats qui ont été envoyés dans un village, dans une ville, pour se faire traiter à leur gré par les habitants.



5ème signification éditée en 1835 par l'Académie Française



se dit souvent Par rapport à la dépense qu'on fait pour sa table, pour ses habits, pour son train, et par rapport aux commodités ou incommodités de la vie. "Vivre splendidement, magnifiquement, honorablement, noblement, grandement, largement. Vivre en grand seigneur. Vivre en prince. Vivre en gueux. Vivre avec économie. Vivre mesquinement, sordidement, pauvrement, étroitement, petitement, misérablement. Il ne vit pas selon sa condition."
"Vivre noblement," Mener un genre de vie dans lequel il n'y a rien qui puisse déroger à la noblesse. Cette locution a vieilli.



6ème signification éditée en 1835 par l'Académie Française



se dit aussi Par rapport à la manière de passer sa vie dans les divers états que l'on embrasse, dans les différents lieux que l'on habite, dans une situation heureuse ou malheureuse, etc. "Vivre dans le célibat, dans le mariage. Vivre dans le grand monde, dans l'obscurité. Vivre à la ville, à la campagne, à la cour. Vivre chez soi, chez ses amis. Vivre dans la solitude, dans la retraite, dans le cloître, dans les camps. Vivre dans la joie, dans la tristesse, dans les plaisirs. Vivre heureux, content, tranquille. Vivre malheureux."
Prov., "Vivre paix et aise," Passer sa vie tranquillement et dans l'abondance. Cette manière de parler a vieilli.
Prov., "Il faut laisser chacun à sa mode," Il faut que chacun en use, agisse comme il lui plaît, en ce qui le regarde. On dit de même, "Chacun vit à sa mode."



7ème signification éditée en 1835 par l'Académie Française



signifie encore, Se conduire, se comporter bien ou mal, eu égard aux moeurs, à la religion. "Vivre en homme de bien. Vivre saintement, sagement. Il a toujours vécu sans reproche. Vivre régulièrement, religieusement. Vivre en bon chrétien. Vivre en libertin. Vivre licencieusement. Vivre dans la crapule, dans la débauche. Vivre mal. Il faut bien pour bien mourir. On meurt d'ordinaire comme on a vécu. Vivre au hasard, sans prévoyance, sans réflexion."
"Vivre bien avec quelqu'un," Vivre avec lui de bon accord, en bonne intelligence. "Ils vivent bien ensemble." Et, "Vivre mal avec quelqu'un," N'être point avec lui en bonne intelligence. "Cette femme vit mal avec son mari. Cet homme vit mal avec ses voisins."
"Vivre bien avec quelqu'un," signifie aussi, Se comporter avec lui convenablement, décemment, ne point manquer aux égards que prescrit le savoir-vivre. "Quoique nous soyons en procès, nous vivons bien ensemble." Et, dans le sens contraire, "Vivre mal avec quelqu'un. Il vit mal avec des parents auxquels il a de grandes obligations."
Fam., "Vivre avec quelqu'un," signifie quelquefois, Être avec quelqu'un dans un état de concubinage. "Il vit avec cette femme depuis longtemps. Elle vit avec un jeune homme."
"On ne saurait avec cet homme-là," Il est d'une humeur à laquelle on ne saurait s'accoutumer. "Cet homme est aisé à , est commode à ," Cet homme est d'un commerce doux et facile, il est aisé de avec lui. Dans le sens contraire, on dit, "C'est un homme difficile à ."
"Savoir ," Avoir les manières du monde, savoir se conduire suivant les usages reçus parmi les gens bien élevés. "Il a de l'esprit, il a fréquenté la bonne compagnie, il sait . Cet homme est fort incivil, il ne sait pas ."
Substantiv., "Le savoir-vivre," La connaissance et la pratique des bienséances et des usages reçus parmi les gens du monde. "C'est un homme qui a bien du savoir-vivre. Il manque de savoir-vivre." On dit dans un sens analogue, "Apprendre à ," Acquérir cette connaissance, s'instruire de ces usages.
Fam., "Je lui apprendrai à ," Je le corrigerai, je le punirai de sa faute, de ses torts.
"Donner tant aux soldats pour le bien ," se disait D'une certaine somme qu'on donnait aux soldats, dans les quartiers, dans les garnisons, pour les obliger à ne rien exiger de leurs hôtes au delà de ce que prescrivaient les ordonnances.



8ème signification éditée en 1835 par l'Académie Française



se dit encore Par rapport au gouvernement politique, aux lois, aux usages du pays dans lequel on demeure. "Vivre sous les lois d'un prince. Les lois, les coutumes suivant lesquelles nous vivons. Nous vivons sous un prince généreux. C'est ainsi qu'on vit dans ce pays sauvage."
En termes de galanterie, "Vivre sous les lois d'une femme."
"Vive Dieu!" Sorte d'affirmation tirée de l'Écriture sainte. Elle a vieilli.



9ème signification éditée en 1835 par l'Académie Française

Subst. masculin 


Nourriture. "Il lui donne tant pour le et le vêtement."
Il est plus usité au pluriel; et alors il signifie, Toutes les choses dont une personne peut se nourrir. "Les s sont fort chers dans cette ville. Les assiégés manquaient de s. Fournir de s. Fournisseur des s. Munir une place de s. Grand convoi de s. De bons s. Des s frais. Magasin des s. Embarquer des s," ou "Faire les s."
Il signifie aussi, L'entreprise de la fourniture du pain et de la viande pour les armées. "L'administration des s. Il a fait promptement fortune dans les s. Les s-pain. Les s-viande."



Définition du dictionnaire de Jean-François Féraud (édition de 1788)

Verbe 

VïVRE, s. m. [1re lon. au 2d.] "Vivre": Je "vis", nous "vivons;" je "vivois" ou "vivais;" je "vécus;" j'ai "vécu;" je "vivrai;" je "vivrois" ou "vivrais"; que je "vive", je "vécusse", etc. = On disait aûtrefois, je "vêquis", il "vêquit", pour je "vécus", il "vécut". Un Auteur três-moderne a dit encôre tout récemment, "survêquit". 'Sa fille ne "survêquit" que quelques mois "au" Baron de Thorens son mari. L'Abé "Du-Serre-Figon". Notes sur le "Panégyrique" de Ste. "de Chantal". = "Vivre", 1°. Être en vie. 'Tous les hommes et tous les animaux qui "vivent" sur la terre. Il a cessé de "vivre". St. Louis "vivait" au 13e siècle. = "Fig." Ce n'est pas "vivre" que d'être toujours malade.
   Est-ce là "vivre?" Non: c'est à peine exister.
       "La Chaussée".
Il ne "vit" que pour lui.
- 2°. Plus "figurément" encôre: "Durer", "subsister". 'Son nom, sa gloire, sa mémoire "vivra" jusqu'à la postérité la plus reculée.
- 3°. "Se nourrir". 'Il ne "vit" que "de" racines, "de" légumes: il "vit" de peu, sobrement. 'Il fait cher "vivre" dans cette ville. Voyez, VIVRE, TABLE. = Subsister: "Vivre de" son bien, "de" ses rentes, "de" son travail, "de" son métier, "d'"emprunt, "d'"aumône, "de" ménage, d'industrie, "etc."
   S'il est quelque Joueur, qui "vive de" son gain,
   On en voit tous les jours mille mourir de faim.
       "Le Joueur".

- 4°. "Dépenser": Il "vit" splendidement, honorablement, "en" grand Seigneur, "en" Prince, "en" gueux: il ne "vit" point selon sa condition: il "vit" mesquinement, sordidement, "etc." = "Vivre noblement": mener un genre de vie où il n'y a rien qui déroge à la noblesse.
- 5°. Pâsser sa vie: '"Vivre dans" le célibat, "dans" le mariage; "dans" le grand monde; "dans" l'obscurité; "à" la ville, "à" la campagne, "à" la cour, "dans" la joie, "dans" la tristesse. "Vivre" heureux, content, tranquile, "ou" malheureux.
   Sachez qu'à Paris même on peut " isolée":
   Dès que l'on fuit le monde, il nous fuit à son tour.
       "La Chaussée".
  Pour "vivre" avec douceur, cher ami, croyez-moi,
  Le grand art est d'aprendre à "bien avec" soi.
       "Sidney".
'Venez aprendre à mourir; ou plutôt, venez aprendre à n'atendre pas la dernière heure pour comencer à "bien ". BOSS. Oraison Funèbre du Prince de "Condé". 'Un Philosophe, lorsqu'il "vit mal", est d'autant plus méprisable, que l'art, où il se done pour maître, c'est l'art de "bien ". D'OLIVET. II. "Tuscul."
- 6°. Se conduire, se comporter. '"Vivre bien avec" quelqu'un. Il "vit mal avec" ses amis":" on ne saurait " avec" lui: il est d'une humeur incompatible. 'Il est "aisé à ": il est d'un comerce doux et facile. Voy. SAVOIR.
- 7°. Être soumis à, sujet de: '"Vivre sous" les lois d'un Prince, "etc." 'Nous "vivons sous" un Gouvernement doux et équitable.
   REM. "Vivre" régit l'ablatif, mais l'article doit être indéfini.
   * La riche fiction est le charme des vers.
   Nous "vivons" du mensonge.
       "L. Racine".
falait: nous~ "vivons~ de~ mensonges": mais le pluriel n'acomodait pas le Poète. = "Vivre de régime", parait au premier coup d'oeuil une expression ridicule; car le régime n'est pas un aliment; cependant l'usage autorise depuis long-tems cette façon de parler. '"J'ai vêcu de régime", selon vos avis. "Sév." On peut en dire autant de " de ménage", "d'industrie", etc. = "Vivre un tems", est une expression anciène, et même un peu vieille. 'Le long espace de "tems qu'"il "vêquit". MASC. 'Le regret qu'ont les hommes, du mauvais emploi du "tems qu'"ils "ont vêcu", ne les conduit pas toujours à faire de "celui qui" leur reste ", un meilleur usage. "La Bruy." = "Vivre", est beau au "figuré". 'Cet esprit "a" toujours "vêcu" dans la Nation. "Ling." 'Que leur gloire "vive" éternellement "dans" le souvenir des Hommes. "Jér. Déliv." 'Les passions nobles ont cet avantage, qu'elles "vivent d'elles-mêmes", et "s'alimentent de" leur propre ardeur. "Necker". = "Vivre avec soi", est aussi une expression belle et élégante.
   Retranchons nos desirs, n'atendons rien des hommes,
   Et "vivons avec nous".
       "L. Racine".
= "Vivre d'espérance", c'est se soutenir par l'atente de quelque bien.
- "Vivre de la grâce de Dieu", se dit d'un homme qui mange très-peu, et de celui à qui l'on ne conait aucun bien, aucune ressource pour subsister.
- "Item il faut ": la nécessité de pourvoir à sa subsistance fait excuser beaucoup de chôses, que l'on fait, et qu'on ne ferait pas sans cela.
   Si l'on peut pardoner l'essor d'un mauvais Livre,
   Ce n'est qu'au malheureux, qui travaille pour "vivre".
       "Misantr."

- Il "faut que tout le monde vive", dit le proverbe: c. à. d. que chacun ait ses petits avantages. 'Les États sont réservés pour M. de Lavardin. Il falait bien lui doner cette contenance, parce qu' "il est juste que tout le monde vive". SÉV. "Ame qui vive"; persone. 'Je suis ici dans une solitude, où "je ne vois âme qui vive". Cic. à Atticus. "Mongault".
   VIVE! interjection. '"Vive Dieu", sorte d'afirmation, tirée de l'Écriture Sainte. '"Vive le Roi"! Aclamation pour témoigner qu'on souhaite longue vie et prospérité au Roi.
- "Vive" un tel, c'est un galant homme! "Vive la" Champagne et "la" Bourgogne, pour les bons vins.
   Le Sage dit, selon les gens:
   "Vive le" Roi, "Vive la" Ligue!
       "La Font."
Maxime où il n'y a pas beaucoup de sagesse. '"Vivent les" gens, qui ont de l'industrie: "Pluche". Et ironiquement.
   Il est charmant, ma foi: "vivent les" gens d'esprit!
       "Paliss."
  Malgré tout le jargon de la Philosophie,
  Malgré tous les chagrins, ma foi, "vive" la vie!
       "Sidney".

- C'est l'imparfait du verbe "vivre", par lequel on veut marquer le câs qu'on fait des persones ou des chôses.
   "Qui-vive", est un terme, dont on se sert dans les Troupes, pour demander à quelqu'un qu'on rencontre, qui il est, de quel parti il est, "etc." = FIG. "Être sur le qui~ vive", être sur ses gardes; et dans un aûtre sens":" être délicat sur les égards. "Richelet" dit, "au qui vive", pour, "sur le qui vive": celui-ci a prévalu.
   VIVRE, s. m. Nourritûre. On ne le dit plus qu'au pluriel: '"Les s" sont fort chers dans cette ville: '"Les assiégés" manquaient de "vivres". = 'Aûtrefois le singulier était fort en usage. On disait "le ", pour, la manière de se nourrir. 'Le changement dans "le ". BOSS. 'Cette frugalité dans "le ", cette modestie dans les habits. "P. Rapin".
- C'était l'infinitif du verbe employé substantivement.




Emplacement dans le dictionnaire :

vive-la-joie
vivelle
vivement
vivier
vivifiant
vivification
vivipâre
vivipare
viviparie

vivré
vivrier
vlan
vlan
vocable
vocabulaire
vocal
vocalement
vocalique
vocalisation
vocalise




Quelques citations relatives :

Citation n°1 de Jean MORÉAS (Iphigénie)

...je n'ai que les pleurs de mes yeux. Malgré moi j'ai senti ma force défaillante, et j'approche de tes genoux comme fait de l'autel la branche suppliante. Hélas, que le soleil est doux ! Laisse-moi vivre encore, ô mon père, ô mon père ! Eh quoi ! Déjà serait-ce assez ? A peine florissante, irai-je sous la terre avec les pâles morts glacés ? Pour la première fois, c'est ma bouche enfantine qui t'a...


Citation n°2 de Pierre LOTI (Le Mariage de Loti : Rarahu)

...districts tahitiens, les villages aux toits de pandanus. - voyez ces peuplades immobiles et rêveuses ; - -voyez au pied des grands arbres ces groupes silencieux, indolents et oisifs, qui semblent ne vivre que par le sentiment de la contemplation... écoutez le grand calme de cette nature, le bruissement monotone et éternel des brisants de corail ; -regardez ces sites grandioses, ces mornes de basalte,...


Citation n°3 de Pierre LOTI (Le Mariage de Loti : Rarahu)

...ont amené cette heureuse modification des coutumes nationales ; à tout autre point de vue cependant, le christianisme superficiel des indigènes est resté sans action sur leur manière de vivre, et la dissolution de leurs moeurs dépasse toute idée... on trouve encore entre les mains des indigènes plusieurs images de leur dieu. C'est un personnage à figure hideuse, semblable à un jeune...


Citation n°4 de Pierre LOTI (Mon frère Yves)

...sont marquées ses campagnes et détaillés les salaires qu'il a reçus. Premières années, où il gagnait par mois quinze francs, dont il gardait dix pour sa mère ; années passées la poitrine au vent, à vivre demi-nu en haut de ces grandes tiges oscillantes qui sont des mâts de navire, à errer sans souci de rien au monde sur le désert changeant de la mer ; années plus troublées, où l'amour naissait,...


Citation n°5 de Pierre LOTI (Mon frère Yves)

...femmes ; on y descendait comme en pays conquis, entre les longs voyages ; alors on avait de l'argent, et, dans les quartiers de plaisir, on faisait tout plier devant ses caprices et sa force. Mais vivre d'une vie régulière avec un petit ménage, compter ses dépenses chaque jour, se conduire soi-même et songer au lendemain, ses allures de matelot ne cadraient plus avec ces obligations imprévues....


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